Tous les matins, je prends mon petit-déjeuner en compagnie d’un philosophe. Je ne supporte personne d’autre, ni ma fille, ni mes amants, ni ma sœur, ni les poètes, ni les romanciers, ni les chroniqueurs.
Je sais pertinemment que cette petite demi-heure [qui oscille entre 15 et 60 minutes] ne me permettra jamais de rattraper toutes les années de lecture que j’ai manquées en sacrifiant mes études aux pérégrinations humaines et géographiques. Tout juste pourrai-je satisfaire un soupçon de curiosité intellectuelle.
J’ai appris à m’en contenter et, d’une certaine manière, à m’en réjouir : je garde ainsi la candeur heureuse des ignorants qui considèrent comme un privilège d’arriver à lire une page, un chapitre, un ouvrage. Je ne serai jamais une érudite blasée et correcte, je pétillerai toujours de l’ingénu enthousiasme des profanes.
D’autant plus que j’ai la fâcheuse habitude d’oublier ce que j’étudie. Je me l’approprie [j’en fais mon humus, mon terreau, mon magma] mais je suis incapable de le restituer. Est-ce là, la différence entre un artiste et un savant ?
Quoiqu’il existe sans doute beaucoup d’artistes savants et que je n’ai jamais revendiqué le statut d’artiste, tout au plus celui d’artisane, mon dernier "breakfast" philosophe ne fut pas le moindre [last but not least], il a été un des mentors de cette odyssée [Monsieur Virilio].
2001
Type de document : carnets personnels
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun
Fun store et associates, premier du genre - MODE, BOOKSTORE, GALERIE D’ART, BAR A EAU. Tacatatac Achic, bar à eau.
Musique techno (super Zik !)
Dans les escaliers, un ricain gracile me sourit, derrière madame. Connivence des riches qui zyeutent Dior : jupes de dentelle blanche dont il vaut mieux voir le prix en euros plutôt qu'en francs si tu veux pas syncoper direct. Dans l’trash style, je fais illusion pour les quinquaricains. Mais pas au bookstore. Sûr. Là on m’vire ! Zont eu peur de mon stylo.
PAS D’NOTES ! PAS D’NOTES ! HALTE A L’ESPIONNAGE GRAPHICOSCRIPT !
Demander la permission à Victoire. Victo QUI ? VICTOIRE DE ...
Protocole sans accord aucun. Méchant, virulent, l’était si propre pourtant ! Joli tout plein, le p’tit vendeur ASEPTICOMAN. L’avait du flair en +. L’a vu ksété du vrai, mes jeans, ma toile, mes pompes, pas du STREET RELOOKE COUTURE. Pourtant j’avais MUJI à la main et TSEN aux pieds. Pas dégueu mais pas assez. Zutflûte. Zétaient super les magazines.
"Zines et Zique à mon goût ?"
J’ai peur ! Et si j’étais une éclopée de la génération Colette ? Une accroc des stores-ilôts, une PRIVILETOC du Numer-Junk space ?
TERRIBLE ! À surveiller …
D’ailleurs, ils cherchent un vigile. Ya l’annonce sur la porte … des fois qu’un client huppé serait tenté par l’expérience trépidante de la haute sécurité … on n’sait jamais. Meantime, leur recrutement direct marche pas super : zont pas d’malabar qui garde le bar.
L’entrée est libre.
Warning : zone de haute concentration de XIU mercenaires
Type de document : streetchroniques
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun