Je prends mon pancho en laine brute - acheté à Chilœ, un jour de Llovizna, entre deux enlacements - il porte encore toujours à jamais l'odeur de la pluie fine et diluvienne, l'image du port où je me suis abritée, la sensation [première fois] de mon ventre qui explose sous la force du désir, le froid des barreaux du petit lit dans la chambre [nue] et le froid des carreaux de la douche commune de cette pension du bord de mer gardée par une veuve [joyeuse], la fumée du restaurant avec cette boule de discothèque où, à l'arrière-salle, je t'ai appelé pour qu'encore une fois tu me dises [pour rien] que tu m'aimes.
Et depuis quoi ? Deux semaines ? Je l'ai sorti de ma mémoire [le pancho] et je l'ai déposé sur mon lit [un futon à terre dont j'ai cassé l'armature de bois noir au marteau pour évacuer la colère conjugale résiduelle] sur le plaid jaune acquis en ces temps facheux d'un mariage faustien.
[total remix]
[déco rococo]
[superposition]
[cadavre exquis]
de ma mémoire !
de ma mémoire !
Type de document : carnets personnels
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun
La douleur première, essentielle, phare de son existence, est celle de vivre dans un corps.
Respirer, se nourrir, dormir, se transporter, se soigner, être soumise aux rythmes biologiques, à la nécessité de recommencer - chaque jour - les mêmes gestes.
Rien pour Loula ne se fait naturellement.
Elle a oublié d'avoir un système végétatif.
Elle contrôle tout et souffre de tout.
Elle ne comprend pas comment les autres font pour
respirer sans se questionner,
digérer sans se détendre,
manger sans angoisser,
se prendre pour leur corps.
Le seul moment où elle se laisse porter,
c'est quand elle versifie.
Parfois quand elle fait l'amour. Parfois.
À condition d'être plus légère que l'air.
Type de document : chants des griots
Auteur fictif : Griotte
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun