trottoir sud

Rue Saint Louis en l'Ile.
Trottoir sud.

Une araignée gambade. Une notable, on ne peut pas s'y tromper. Ni princière ni royale. Bourgeoise. Un peu grasse sur ses pattes - huit. On pourrait croire qu'elle a un plastron et des bretelles. Elle est chez elle et franchement, elle prend autant de place que n'importe quel passant.

Je lui parle : "Bonjour, madame l'araignée."

Les gens se retournent.
Une frisée qui parle avec une araignée près de l'Ile de la Cité. Quelle insanité !

Je relate la scène à un ami voyageur, nom de code : Dottore Pi, en ajoutant : "je l'ai appelée madame, pourtant de toute évidence, c'était un monsieur."

"Certainement pas!" m'a-t-il corrigé. "Telle que vous me l'avez décrite, il s'agit d'une Epeire diadème. Et de cette taille-là, c'est nécessairement une femelle. Les mâles sont vingt fois plus petits. D'ailleurs ils ne finissent pas bien les pauvres."
"Ecrasés ?"
"Non. mangés".

Madame l'épeire diadème venait sans doute de terminer son dîner…


Type de document : streetchroniques

Auteur fictif : Capitaine L

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : Noyau liminaire

Commentaires : aucun

Textes satellites : aucun

sortants

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le marin de Gibraltar

"Pour une fois", me suis-je dit, "pour une fois, tu devrais trouver dans cette rencontre de l'abîme, dans cette presque abysse, dans ce libre faux prétexte au voyage et à l'amour, des motivations qui te ressemblent." Et j'ai guetté vaillamment chaque sursaut de phrase et de paragraphe. Mais non. Toujours rien en vue. Pas de terre de connivence entre les passagers du 36 mètres et moi : même dans la quête du Marin de Gibraltar, je ne me reconnais pas. Ah! Mme Duras … pourquoi tant de distance entre vos perspectives et les miennes ? Je vous aime tellement, pourtant."

A Marguerite Duras


Type de document : correspondances

Auteur fictif : Capitaine L

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : Noyau liminaire

Commentaires : aucun

Textes satellites : aucun

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