Neruda et Guillevic, mes deux égéries de l’anodin et de l’élémentaire, furent des poètes engagés, poètes politiques, poètes communistes.
Comment l'interpréter ?
Non pas "en ce qui les concerne" : ce qui les concerne ne concerne qu'eux et m'échappe. Totalement.
Il m'est impossible de comprendre - depuis ici et aujourd'hui - cette nécessité, pour les artistes qui ont vécu la guerre civile d’Espagne et la deuxième guerre mondiale, de se convertir au communisme. De quel droit ? De quelles légitimes perceptions et perspectives ? Aucun, aucune.
Non. Comment l'interpréter "en ce qui me concerne", moi, Capitaine des mots qui refuse toute allusion politique dans mon écriture. Au nom d'une rupture d'anonymat, de vie privée, de laïcité. Au nom de la séparation stricte entre le personnel et le public. Au nom du respect de la sphère civile commune.
Car, si je veux être honnête ( mais est-ce que je le veux ?) je dois me demander s'il est possible de célébrer les armoires, les pneus et les casse-croûtes sans m'inscrire dans le politique.
Ne faut-il pas voir dans ma volonté de versifier le réel, le simple - dans ce besoin viscéral de faire descendre la littérature dans la rue, de la distribuer, de l’afficher - dans l'assimilation de ma fonction à une "DJ des mots" , "toyeuse / tagueuse" , "streetwriter" ou gangster lyrique - un engagement politique ?
Politique : relatif au gouvernement des hommes et des états.
Non. pas politique.Je n'ai aucune vision sur le gouvernement des hommes et de l'état. Je n'ai pas cette intelligence.
Pas politique mais civique.
Civique : relatif à l'art d'être une citoyenne dévouée à sa patrie et aux autres citoyens.
Type de document : DJ's classes : récits variables
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun
L’ensemble des textes d'un récit variable forme une base de données - un réservoir de textes - qui est agencée en de multiples niveaux de liens. Cette base de données peut être comparée à un espace qui possède une topographie, une architecture, une identité et des règles : un Topos (du grec topos : région, lieu).
Un Topos est semblable à une ville : il a ses quartiers, ses voies de circulation et de liaison. Comme une ville il peut grandir. Et, comme dans une ville, chacun y circule, y vit, y communique à sa façon.
Par exemple, connaître Paris, c’est connaître quelques endroits de Paris. Tous les Parisiens connaissent Paris mais aucun d’entre eux ne connaît le même. Pour un Topos, c’est la même chose. Tous les lecteurs d’un Topos le connaissent, mais aucun ne connaît le même.
Mais le Topos, ce n’est pas encore le récit.
Le récit naît quand un lecteur choisit des textes au sein du Topos et quand il les ordonne.
Ainsi, le récit est toujours variable. Il dépend :
- du choix des textes opéré par le lecteur ;
- de l’ordre des textes ;
- des supports d’édition et diffusion (électronique, papier d’imprimante, livre papier, affiche, son, etc.)
Le récit est donc toujours un récit potentiel parmi d’autres, une virtualité. C’est pourquoi c’est un récit variable.
Pour alléger le propos, consultez la version light de ce texte : un topos, c'est comme un frigidaire