Complainte des femmes de la ville en l’an deux mille :
Que sont les hommes devenus,
Les avons-nous vraiment perdus ?
Faudrait-il croire que c’est fini
Pour nous les femmes d’aujourd’hui ?
Que le modèle des hétéros
Ne marche plus, qu’il est zéro ?
Dans cette grande révolution
On a laissé notre passion
On bosse on trime on se démène
Pour trinquer seule en fin d’semaine
La gym, le taf et les enfants
Les courses, la bouffe : y’a plus d’bon temps
En plus faudrait qu’on reste belle
Et jeune et mince et pas rebelle
Qu’on soit toujours sur la sellette
Qu’on rit, qu’on cause qu’on soit pas bête
Et vous messieurs vous n’avez plus
Qu’à vous servir d’not’joli ...
Et vous messieurs vous n’avez plus
Qu’à vous servir d’not’joli …
Que sont les hommes devenus,
Les avons-nous vraiment perdus ?
Que sont les hommes devenus,
Les avons-nous vraiment perdus ?
Type de document : chants des griots
Auteur fictif : Griotte
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : 1
Textes satellites : aucun
Juin 2005. Esplanade du Trocadéro.
Deux musées. Un de chaque côté.
Sur la Tour Eiffel, est inscrit : Paris 2012, ville candidate.
L'Esplanade a été en travaux pendant des années.
L'ombre d'un grand lampadaire se dessine sur l'immeuble.
De l'autre côté du musée de l'homme, une phrase dit que tout homme crée sans le savoir, comme il respire, mais que seul l'artiste en a conscience. Ou quelque chose comme ça.
Quand j'étais gamin, je venais faire du roller ici, quasiment tous les mercredis. J'étais très fier à l'époque parce que j'étais un des rares à sauter les neuf marches en roller.
J'allais vite, vite, vite et hop ! Je sautais les neuf marches.
Et puis un jour, moi je devais avoir 13 ou 14 ans,
un des grands qui n'avait pas pris ses rollers m'a demandé s'ils pouvaient emprunter les miens.
Je les lui ai prêtés et puis il m'a filé ses pompes. J'ai essayé de les mettre mais comme il chaussait plus petit que moi, je lui ai dit : "elles ne me vont pas tes pompes."
Il les a récupérées, il les a mises dans les poches de son treillis, et puis il est parti. Avec ses chaussures et mes rollers.
Et je suis rentré chez moi pieds nus.
J'ai dû prendre le métro en chaussettes.
Je me souviens qu'il restait un peu de neige par endroits sur le trottoir entre le métro et chez moi. J'évitais les plaques de neige. Je me suis senti humilié, honteux, bafoué.
Type de document : carnets personnels
Auteur fictif : Pierre
Auteur réel : Rémy Romeder
Provenance du texte : Printemps de la Démocratie
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun