Châtelet. Ligne 14. Météor. Il portait une veste de marin bleu marine avec des ancres rouges sur le revers du col. Il était beau. Il ressemblait à ce que Loula m'avait dit de P'tit Gars. Il me faisait penser à ces aventuriers du grand large qui parcourent les films des années 50. Orson Welles, oui voilà, Orson Welles dans "The lady from Shangai", exactement.
Pourquoi m'a-t-il plus effrayée que séduite en ce bref instant où nous nous sommes croisés, quand j'entrais dans la rame et qu'il attendait sur le quai ?
Peut-être à cause de Loula et de P'tit Gars justement. Peut-être à cause du quai. Je me méfie des quais. Des hommes sur les quais. Des "qui sait" et des "plus jamais". Des coups de foudre et des coups de trop. Des regrets truffés de promesses.
De toutes les façons, il ne m'a ni souri ni regardé. Et moi, je n'ai vu que ses ancres rouges sur la laine bleu foncé.
Type de document : carnets personnels
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : 1
Les poèmes de Guillevic sont comme des haïkus : minimes. et pourtant, croyez-moi, ils n’ont vraiment rien en commun avec des haïkus. D’abord, parce qu’ils ne finissent pas : ses vers, tous ses vers s’enchaînent comme les années d’une vie, la sienne ou la nôtre ; ensuite parce que, pour lui, la concision n’est pas esthétique, il ne pratique pas la "bonsaï-poésie", je ne l’imagine pas du tout s’extasier devant un arbre mutilé et nanifié, encore moins devant des mots artificiellement resserrés, non. La concision est pour lui une nécessité, une économie, un héritage, un souvenir.
Type de document : DJ's classes : études comparées
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun