Je sors du cinéma. J’ai quitté la salle avant la fin du film. Je ne reste plus dans les cinémas coûte que coûte. Vaille que vaille. Quand je m’ennuie, quand c’est mauvais, quand ça m’irrite : je quitte la salle.
Un critique a demandé au réalisateur : "comment faîtes-vous pour que vos acteurs soient si bons ?". Réponse du cinéaste : "je leur demande d’articuler". Pour articuler, ils articulent ! ils ne font même que ça.
Je sors du cinéma par la porte St Eustache et je vais rue Montorgueil boire un café. Je choisis une brasserie qui sert du Segafredo. C’est le meilleur (non, je me trompe à chaque fois : c’est Illy le meilleur). Je m’installe sur la terrasse. Il est presque six heures. Il fait bon. C’est l’été indien : nouvelle saison.
Avant : à la rentrée (vous en souvienne) on portait des manteaux.
Maintenant : tout juste si on sort le gilet.
Type de document : streetchroniques
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun
Je sais, voilà tout, je sais.
Je sais que tu m'embrasseras.
J'ignore si ta main sera forte ou douce, tes lèvres rêveuses ou avides mais je sais que tu m'embrasseras.
Je pourrais le refuser, dès à présent m'en retourner.
Je pourrais le provoquer.
Mais je n'en ferai rien.
Je te laisserai venir, décider, étendre ta peau vers la mienne, me vouloir et me conquérir.
De toutes les façons, tu m'embrasseras.
C'est écrit dans ton visage et je sais le lire.
C'est écrit depuis avant moi, depuis avant même l'idée de moi.
Je l'ai vu quand je t'ai vu, avant que tu ne me voies.
Qu'y faire ?
Je l'ai redouté aussi.
Que faire ?
Que faire, dis-moi, quand on voit ce qui sera et quand on ignore si c'est pour le meilleur ou pour le pire.
Type de document : carnets personnels
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : CL
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun