Capitaine L
Quand tu t’es dissoute, où es-tu allée ?
Loula
Dans le pays où toutes les phrases prononcées finissent leurs jours. Gelées.
Capitaine L
Je connais ce pays.
Loula
Je cherchais les mots d’amour de P’tit Gars. Ne les ai pas trouvés.
Capitaine L
Tout ne se dit pas.
Loula
Les miens en revanche, ils étaient là. Ils pendaient comme des stalactites. Des larmes effilées.
voix II
Silence
Loula
Et puis j’ai cherché les autres paroles, celles qu’il lui disait à elle. La diaphane.
Capitaine L
Bien sûr ...
Loula
Elles montaient. Réelles et fortes. Stalagmites. Je les ai caressées, effleurées. J’aurais pu si facilement les briser. "Ne les brise pas" je me disais comme un vent glacé, "ne les brise pas"
Capitaine L
Je croyais que tu ne savais pas lire ...
Loula
Une sentence de glace ne se lit pas. Elle n’est pas figée. Elle est en attente, elle est nue.
Capitaine L
Comme toi.
Loula
Serais-je moi aussi une phrase, une simple et pauvre petite phrase, prononcée et gelée ?
voix I
Silence
Capitaine L.
M’as-tu vue, moi, dans ces terres si froides ?
Loula
Sculpteure de l’écrit. Oui. Statue.
Type de document : minutes des mémoires absolues
Auteur fictif : Les Greffiers
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun
Ligne 14
J'aime la hauteur du tunnel. Je déteste l'odeur de boule puante.
J'aime les parois de verre qui nous protège du suicide. Je déteste la Brazil impression.
J'aime que les trains à l'approche soient annoncés sur un écran. Je déteste entendre le nom des stations juste avant l'arrêt.
J'aime qu'elle ne soit jamais en grève. Je déteste que seules les machines soient aux commandes.
J'aime la fréquence des rames : environ toutes les deux minutes. D'où découlent deux avantages majeurs : la faible densité de peuplement des wagons et l'inutilité de se presser pour attraper un train en quai. Il y en aura un autre dans deux minutes et on le sait.
J'adore la vue panoramique : open space entre les wagons, des vitres à l'avant, à l'arrière sur le côté, tout du long.
J'adore l'impression d'être dans Star Trek. Il suffit de remplacer la vision raisonnée du canal souterrain par l'idée d'un canal interspatial où l'on naviguerait à trop grande vitesse pour distinguer les objets célestes. [vitesse lumière]
Qu'on ne s'y trompe pas, je n'ai ni aimé ni détesté Amélie Poulain. Enfin la balance penche quand même d'un des deux côtés. Soyons honnêtes.
Type de document : streetchroniques
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun