"Nous ne nous sommes jamais demandé
"Si nous avions rendez-vous sur ce quai.
"Et nous ne nous sommes jamais promis
"Une nouvelle rencontre.
"Ni à sept ans ni à dix
"Ni à trente".
"Nous sommes devenus notre mutuelle errance
"sans aucune préméditation ni tentation.
"Il apparaissait que nous voulions créer l’espace
"sous les pas de nos trajectoires et de nos croisées".
"Classiquement et irrémédiablement, nous recommencions.
"Les harmoniques nocturnes nous attiraient dans les replis les plus simples
"de la ville.
"Passion des trottoirs et des corniches,
"des pierres et du bitume.
"Parfois nous marchions pendant des mois sans nous voir,
"parfois nous ne bougions plus, sans questionner ces états
"qui nous arrachaient à notre obsession citadine".
"Ensemble nous portions regards et paroles
"sans les inscrire,
"les scarifier
"ni les scléroser.
"Ensemble nous apprenions les bruits et les effluves
"pour nous les partager":
""Je te donne le crépitement de cette brève ondée d’été sur la gouttière.
"Je te donne l'odeur des pots de géraniums mouillés.
"Lesquels ?
"Ceux de la concierge."
"Alors je prends aussi le vent qui rafraîchit l’épaule.
"Vas-y, moi je n’ai pas chaud de toutes les façons.
"Oh, non ! Tiens ! En voilà un autre, comme ça on en a un chacun !
"Han ! Là tu triches ! C’est pas du vent ! C’est toi qui souffle ...""
"Nous nous séparions quand nous avions vidé notre réserve d'images.
"Nous nous séparions quand nous avions reconstruit notre courage
"d'être sans l'autre,
""d'être sans toi.""
"Nous nous retrouvions quand nous ne l'attendions plus.
""Me cherchais-tu ?
"Je ne sais pas"".
"Nous ne parlions que de nos parcours.
"Jamais de nos stations.
"Nous nous taisions aussi.
"Beaucoup.
""Me cherchais-tu ?
"Pourquoi ?""
"Nous nous sommes vus et entendus,
"Sur le quai de Conti
"La première fois
""Tu dormais par terre
"Tu étais là"".
( Loula et p’tit Gars se souviennent : )
Type de document : minutes des mémoires absolues
Auteur fictif : Les Greffiers
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun
Soirée poésie :
9ème - 1 rue de la Boule Rouge
Mots en vrac, en écho, en dessert.
Clicks des appareils numériques.
(Tout souvenir doit être fixé en couleurs,
Formes et images.
Comme si la mémoire-mot,
La mémoire-souffle,
La mémoire caresse et sensation
N'existait plus.
Comme si
Chaque plaisir, chaque bonheur
Etait spectacle)
Petit Nathan me tend un stylo
Il n'a de cesse que je ne me sois rendue
"Ecris" dit-il. J'écris.
Ah! une coquine,
Une petite coquine qui louche
Sur les genoux de Robert.
Dans mon carnet,
Elle sera bien attrappée !
La poésie tous ensemble.
Un vers, un autre.
Un mot encore.
Musique d'assonances,
De rimes, rythmes,
Allitérations et métaphores.
Dans la pièce à côté,
Ils jouent au rami
Gros cigare et cigarettes.
J'adore.
Souvenirs anciens
De mon père.
Enfance des cafés-pmu.
Puis Charlotte me dit un poème
A l'oreille
Le best.
Type de document : streetchroniques
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun