On se retrouvait avec des amis à la Cité Universitaire. C'étaient les amis du couloir. Des amis qui aimaient tous écrire, et qui aimaient la littérature.
Une personne devait lancer une phrase par laquelle démarrait une nouvelle. Une petite histoire.
La personne suivante ajoutait une autre phrase. Elle avait le droit à une seule phrase. Et ainsi de suite.
Le jeu consistait à ce que quelqu'un puisse imposer son thème. Que son idée devienne l'idée principale du récit.
Type de document : carnets du jeu
Auteur fictif : Arte Miss
Auteur réel : Ignis
Provenance du texte : Printemps de la Démocratie
Commentaires : 1
Textes satellites : aucun
Capitaine L
Quand je défaille et quand je doute, les graphes seuls m’apaisent. Etrange puissance des dictionnaires, des stylos et des ombres numériques. Quelle est cette vertu de l’écrit, Loula ? Toi qui frayes au-delà du lire et de l’alphabet, dis-le moi.
Loula
Je ne sais pas.
Je ne peux pas savoir.
Je suis un griot.
Je ne sais que le récit.
Capitaine L
Alors récite.
Loula
D’abord, il y a cet effilement, qui exige de ne jamais remettre. Ne pas croire un seul instant à l’instant suivant. Il faut suivre, partir, tout dire. Jamais garder. Obéir.
Capitaine L
Honnêteté.
Loula
Ensuite, il y a cette curiosité du sentir. Collectioner toutes les irruptions, toutes les effractions, entailles et sursauts.
Capitaine L
Rigueur de l’instinct.
Loula
Et puis, il faut les trouver. Lui, le mot, qui échapperait aux règles. Elle, la parole, qui ouvrirait le sens sans l’imposer.
Capitaine L
Toujours évoquer. Jamais montrer.
Loula
Je ne peux dire que ce que j’ai dit.
Type de document : minutes des mémoires absolues
Auteur fictif : Les Greffiers
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun