Les voyageurs qui maîtrisent le temps du voyage procèdent - en général - de la manière suivante : ils perçoivent l'espace-temps comme une abstraction matérielle, certains le voient, d'autres le sentent ou l'entendent. Ils isolent deux unités de cette "matière", deux "instants", deux "ici/maintenant", et introduisent entre elles une boucle de temps chimérique.
Le temps de Kiméria est malléable. Il ne possède pas de loi propre qui le régisse, au contraire du temps d'Erel qui s'écoule naturellement de façon linéaire.
Mais cet exercice qui consiste à intercaler un temps cyclique dans un interstice de temps linéaire est périlleux. Il demande une capacité de dédoublement de la conscience et de l'attention. En permanence, le voyageur doit se souvenir de son existence terrestre. Le cas échéant, il se retrouve prisonnier de sa boucle temporelle chimérique.
Type de document : DJ's classes : l'art du voyage
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun
Tous les matins, je prends mon petit-déjeuner en compagnie d’un philosophe. Je ne supporte personne d’autre, ni ma fille, ni mes amants, ni ma sœur, ni les poètes, ni les romanciers, ni les chroniqueurs.
Je sais pertinemment que cette petite demi-heure [qui oscille entre 15 et 60 minutes] ne me permettra jamais de rattraper toutes les années de lecture que j’ai manquées en sacrifiant mes études aux pérégrinations humaines et géographiques. Tout juste pourrai-je satisfaire un soupçon de curiosité intellectuelle.
J’ai appris à m’en contenter et, d’une certaine manière, à m’en réjouir : je garde ainsi la candeur heureuse des ignorants qui considèrent comme un privilège d’arriver à lire une page, un chapitre, un ouvrage. Je ne serai jamais une érudite blasée et correcte, je pétillerai toujours de l’ingénu enthousiasme des profanes.
D’autant plus que j’ai la fâcheuse habitude d’oublier ce que j’étudie. Je me l’approprie [j’en fais mon humus, mon terreau, mon magma] mais je suis incapable de le restituer. Est-ce là, la différence entre un artiste et un savant ?
Quoiqu’il existe sans doute beaucoup d’artistes savants et que je n’ai jamais revendiqué le statut d’artiste, tout au plus celui d’artisane, mon dernier "breakfast" philosophe ne fut pas le moindre [last but not least], il a été un des mentors de cette odyssée [Monsieur Virilio].
2001
Type de document : carnets personnels
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun