se faire à cette vie

Loula eut envie de revenir chez ses parents ; mais en se rappelant le lit aux barreaux de fer, la lanière qu'on nouait la nuit à sa cheville pour éviter qu'elle ne s'enfuie, le portail toujours fermé, si haut, si lourd, elle pensa que maintenant elle ne pouvait plus se faire à cette vie-là et qu'il valait mieux rester ici. Dans cette Cour des Miracles qui rassemblait des peaux de chamois et des étoffes d'Orient, des jambes de bois et des carrosses d'argent, des longues vues et des attachés-cases, des échasses et des pantoufles de vair, des poudres d'aurore et des reliques amères. Dans ce Paris où il ne venait plus que très rarement. Dans la ville de son oubli. Lui, le sien. Son oubli d'elle, son refus d'eux. Son abandon, sa désertion.


Type de document : chants des griots

Auteur fictif : Griotte

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : Noyau liminaire

Référence : La chèvre de Monsieur Seguin, Alphonse Daudet

Commentaires : 1

Textes satellites : aucun

sortants

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entre 2 fugues

- entre deux fugues
-> < sujet > = son père ; sa mère
< sujet > la regarde [des nuits] [des jours]. La regarde et retient ses larmes. L’embrasse [des nuits] [des jours]. Et retient. La serre tout simplement. La retient.

-> Loula ne parle pas. Versifie l’entour [la cuillère], [le cintre], [la chaussure], [le caddy], [la barrette], [le batteur électrique], [la bulle de savon] , [le lave-vaisselle], [la moquette], [la station essence] , [le supermarché]. contes [urbains] [anodins] [singuliers]

- entre deux fugues [ temps ]
Loula [11 ans] [12 ans] [13 ans] [14 ans] [15 ans]

- les choix
[la garder à Paris] [l’enfermer dans sa chambre] [l’attacher à son lit] [l’envoyer dans un centre spécialisé en province] [croire que chaque fugue est la dernière]

- les questions simples et composées / les ordres
[Où vas-tu quand tu t’en vas ?] [De quoi vis-tu ?] [Es-tu seule ou rejoins-tu quelqu’un ?] [Pourquoi partir, tu n’es pas bien ici ?] [Pourquoi ne t’avons-nous jamais retrouvé ?] [Raconte-nous quelque chose, même en rime, d’accord ?] [As-tu pris de la drogue ?] [Est-ce que quelqu'un t’a touché ?] [Réponds-nous] [Tu ne nous aime pas ? C’est pour ça que tu pars ?]

- les réponses
[en sourire parfois] [en colère aussi] [avec exaspération] ailleurs, je vais ailleurs [là où seuls les mots alimentent et abreuvent] [là où je ne suis jamais seule car le langage m’habite] [je ne connais pas d’ici, point fixe] [ici est un mouvement] [un pas qui m’emporte et me glisse dans le chant général] [où vous ne me trouverez pas] [ma résidence n’est plus sur la terre] [oui, quand je pars, je vaguedivague] [en odes élémentaires] [avec pour seule stimulation le son et l’air] [avec pour seul viol mon retour] [être près de ceux qui nous aime calcine] [l’épée incandescente garde si bien le paradis]

- la dernière fugue
< sujet > surprend Loula et dit simplement : "Ludivine"
< sujet > = son père ; sa mère

Loula : "j’y vais."
< sujet > ne l’arrête pas. Comment arrêter ? Pourquoi ? N’abdique pas. Lâche prise. Se détache.
< sujet > = son père ; sa mère

- la huitième et dernière fugue [temps]
[Loula 16 ans]


Type de document : vers

Auteur fictif : Capitaine L

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : Noyau liminaire

Commentaires : aucun

Textes satellites : aucun

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