Dragon d’argent sur flammes bleues ondulant au gré des muscles et des mouvements. Tatouage sur ton corps. Caché mais apparent.
Je voulais demander : "'dis-moi' d’où vient un tatouage sur ton corps ? ..." "Quelle intimité ici s’expose ?" "As-tu déjà parcouru les fulminances à bord de ce navire sans nom qui hante nos mémoires en carton froissé ?" "Où me feras-tu souffrir dans le sillon que tu traces ?" J’ai seulement articulé : "savais-tu que le dragon est un motif baroque ? Tu as la peau baroque ..."
Cette année-là ' l’année du dragon ' combien de fois nous sommes-nous rejoints ?
Je disais : "les courbes et les angles de ton corps maigre 'classique et indépendant ' corps d’homme" et je pensai : "pourtant on croit dessiner une femme quand on te caresse ! Pas pétrir peut-être contourner." Je craignais : "je commence à peine à m'approprier tes axes et reliefs et déjà tu dérives vers ces zones brumeuses où je ne suis pas".
Combien de fois es-tu parti ?
"Quand tu quittes mon champ ' dis ' existes-tu encore ? Ou bien disparais-tu dans un au-delà chimérique où tu te dissous" "vapeurs bleues qui enveloppent ce reptile nourri sous ton bras comme une mise en garde" "je ne suis que fluctuances" "je vous enroberai pour mieux me dérober" "je vous grifferai de mes pattes ' ' mon humanité" "je vous dévorerai d'un coup de gueule ' ' béance de mon absence"
Combien me suis-je résignée ?
Loin, alors mon très cher, oh ! vas t'en loin, vers quelque étier isolé qui succombe, dans son rêve d’impossible retour, aux innombrables îles-étoiles qui gemment son cours.
Pendant que je garde l’image de nos formes conquises et complètes 'ellipses ajourées ' ' pierre tendre et tiède ' pendant que je reste
(Loula dit :)
Type de document : chants des griots
Auteur fictif : Loula-Ludivine
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Référence : Guillevic - Etier et Edgard Poe cité par Bachelard dans L'eau et les rêves (p. 67)
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Loula eut envie de revenir chez ses parents ; mais en se rappelant le lit aux barreaux de fer, la lanière qu'on nouait la nuit à sa cheville pour éviter qu'elle ne s'enfuie, le portail toujours fermé, si haut, si lourd, elle pensa que maintenant elle ne pouvait plus se faire à cette vie-là et qu'il valait mieux rester ici. Dans cette Cour des Miracles qui rassemblait des peaux de chamois et des étoffes d'Orient, des jambes de bois et des carrosses d'argent, des longues vues et des attachés-cases, des échasses et des pantoufles de vair, des poudres d'aurore et des reliques amères. Dans ce Paris où il ne venait plus que très rarement. Dans la ville de son oubli. Lui, le sien. Son oubli d'elle, son refus d'eux. Son abandon, sa désertion.
Type de document : chants des griots
Auteur fictif : Griotte
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Référence : La chèvre de Monsieur Seguin, Alphonse Daudet
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